Croyant que la Namibie était le pays le moins peuplés que nous allions visiter, nous avons été surpris de constater que les routes du Botswana sont tout aussi longues, mais clairement moins intéressantes. Le relief est infiniment plat et la végétation très similaire sur l’ensemble des routes que nous avons parcourues. C’est donc après dix heures de route que nous sommes finalement arrivés à Maun, ville en bordure du delta de l’Okavango.
Voulant explorer le delta, nous avons entrepris une expédition de mokoro de deux nuits avec un guide local demeurant dans un village en bordure du delta. Son village compte environ 700 habitants vivant tous dans des huttes de terre et dont la plupart sont guide de mokoro, moyen de transport traditionnel dans cette région. La mokoro est un petit canot sculptée à même un arbre typique à la région et est propulsée par un « poler ». Une journée d’expédition typique est habituellement composée d’une balade de mokoro sur le delta pour se rendre à son camp, de l’installation du camp, de quelques heures de relaxation et de baignade, d’une ou deux longues marches sur une île pour y découvrir la faune et la flore de la région. Pour terminer, souper sous les étoiles avec notre guide, car en fait nous l’avons nourri pendant les trois jours! Le concept est un peu étrange, car nous avions payé assez cher pour notre séjour. Toutefois, sachant que les guides ne sont pas tellement bien rémunérés, il est recommandé de leur donner un peu de nourriture ce que nous avons fait avec des steaks et des côtelettes de porc! Nous avons donc eu droit à un « really good food » bien senti.
L’ampleur du delta de l’Okavango est impressionnante, mais le niveau de l’eau est actuellement plutôt bas, ce qui ne nous a sûrement pas permis d’admirer toute son immensité. Le paysage, à cette période de l’année est constitué d’herbes hautes et de nénuphars à travers lesquelles nous pouvons circulons en mokoro. Ce qui est particulièrement agréable est le fait qu’on se sente seul au milieu de cette région sauvage et ce, spécialement lorsque l’on s’éloigne un peu. La deuxième nuit, nous avions une île déserte où nous avons même pu admirer deux éléphants traverser le delta pendant que nous y faisions une saucette. Ça c’est l’Afrique!
Le lendemain, nous avons repris la route en direction des chutes Victoria du côté du Zimbabwe. Pour débuter notre journée, qui s’est d’ailleurs avérée assez longue, nous avons dû, à la station d’essence, attendre plus de 15 minutes pour finalement réussir à passer notre carte de crédit. Même à quatre employés, aidés du gérant, Caroline a dû leur expliquer les rudiments de la carte de crédit à puce. La débrouillardise n’est pas toujours une qualité prédominante dans le sud de l’Afrique… Finalement, après avoir roulé plus de 400 km en contournant d’énormes nid de poule qui devraient plutôt être appelés des nids d’autruches, l’incontournable est arrivé … nous avons tordu une jante! Déjà épuisés de notre journée, nous avons tout de même fait le changement en moins de deux et avons attaqués les 200km qui nous restaient pour se rendre jusqu’à la frontière.
À 18h15 nous étions à la frontière du Zimbabwe. À notre grande surprise, nous devions payer la somme exorbitante de 75$US chacun pour un visa d’entrée. Les quelques centaines de rands que nous avions et qui, à eux seuls, représentaient un montant supérieure aux frais d’entrée habituellement exigés dans la majorité des pays d’Afrique étaient donc insuffisants. Nous avons finalement du puiser dans notre réserves secrète conservée uniquement pour les temps plus durs. Voilà nous y étions. Déjà, nos réserves étaient presque qu’à sec quand le douanier nous envoya vers le deuxième comptoir. Nous avons rapidement compris que le prix de ce laissez-passer variait selon la force du moteur de notre véhicule. Après l’avoir convaincu que nous avions le plus petit des véhicules, ce qui n’est en fait pas tout à fait exact, nous avons dû payer 16$US , ce qui, par pur chance, était exactement le montant qu’il nous restait en dollars américains. Croyant que nous l’avions échappés belle, une troisième personne nous a demandé de la suivre jusqu’à son bureau situé à l’extérieur et perché sur une structure de ciment désaffecté. Il nous a expliqué que nous devions payer 43$US pour une assurance responsabilité et 50$US pour une genre d’assurance qui garantissait que nous n’allions pas vendre la voiture au Zimbabwe. Bref, ça ressemblait plutôt à une compagnie privée supportée par le gouvernement pour escroquer les touristes Nous avons donc subtilement mélangé le préposé avec divers papiers d’assurance qui, dans le fond, n’avaient aucun lien avec la responsabilité civile jusqu'à ce qu’il nous dise que ça ferait l’affaire. Nous avons toutefois eu moins de chance avec la deuxième assurance. Comme nous avions déjà dépensé tous nos dollars américains, nous avons réussi à refiler au gars 40$ canadien et 50 rands et nous sommes repartis avec notre pseudo document.
Déjà un peu abasourdis par le processus frontalier, nous avons été accostés par un gars en t-shirt nous disant qu’il était représentant des crimes et nous demandant nos passeports. Un autre gars habillé tout aussi peu officiellement nous a demandé nos papiers de la voiture et, après vérification, nous avons finalement pu poursuivre notre route vers 19h15. Ouf…
Le lendemain, comme nous avions tout donné à la frontière, nous avons tenté d’aller retirer de l’argent, mais aucune carte de débit n’est acceptée, donc nous avons dû retirer l’argent avec notre carte de crédit Visa à 18% d’intérêt! Nous avons retiré le maximum permis pour cette machine avant d’aller essayer une autre machine pour continuer à renflouer notre réserve secrète. Mathieu a inséré la carte avec vigueur avant de s’apercevoir que la machine n’était pas en fonction et de sentir sa carte tomber dans la machine. Évidemment, aucune mention n’indiquait que la machine n’était plus en opération. Nous avons finalement retrouvé notre carte après 30 minutes d’attente et le travail « efficace » de deux employés et de la gérante.
Finalement, après avoir payé près de 500$ pour traverser la frontière (en incluant ce que nous avions déjà dû payer à notre compagnie de location pour obtenir la permission de traverser au Zimbabwe), nous nous sommes rendus aux chutes Victoria. Wow ! Les chutes mesurent plus de 108 mètres de hauteur sur 1.7 km de long avec un débit moyen de plus de un million de litre à la seconde. On comprend pourquoi elles font partie d’une des sept merveilles naturelles du monde. À certains endroits, il est difficile de prendre des photos tellement nous sommes aspergés par une petite pluie causée par la puissance de l’eau qui chute.
Hier, nous sommes revenus en Afrique du Sud après avoir traversé presque la totalité du Zimbabwe. En plus des postes de péage, nous avons croisé près d’une dizaine de contrôles policiers plutôt informels; la majorité constitués de deux tonneaux et d’un vieux tuyau servant à barrer le chemin. En plus des vérifications usuelles, nous avons aussi eu droit à des demandes plutôt surprenantes telles qu’un cadeau de Noël, un peu de nourriture et même de l’eau… Il faut savoir que le Zimbabwe a vécu des années très difficiles au point de vue économique et politique et que, encore à ce jour, sa situation demeure précaire. L’hyperinflation connue dans les dernières années, a entraîné des pénuries de biens, de nourriture et de pétrole et a même poussé le gouvernement à imprimer, en 2008, des billets allant jusqu’à 100 trillions de dollars. Tout récemment, la devise officielle du pays a été changée pour le dollar américain et le rand, ce qui semble avoir légèrement amélioré la situation pour le moment, mais la population demeure, évidemment, encore très affectée.
Notre périple au Zimbabwe nous a certes coûté assez cher et a été plutôt déstabilisant, mais il nous a permis, encore une fois, d’admirer la puissance et la beauté de la nature et de rencontrer ce peuple qui est particulièrement sympathique malgré le contexte actuel.
Nous sommes présentement à Pretoria et quittons demain pour Johannesburg afin de prendre notre vol vers Kigali, Rwanda.
p.s. Mathieu a réussi à faire réparer notre jante par un délicat mécanicien zimbabwéen qui a redressé le tout à grands coups de masse sans trop d’égard au pneu! Maintenant, il suffit simplement que la compagnie de location n’y voit que du feu.
p.s. Comme nous n’avons plus d’emploi, nous avons trouvé une nouvelle source de revenue. Mathieu a raflé deux soirées de poker au Botswana. Mise de départ : 20 pulas. Gains : 310 pulas.






