
Nous sommes arrivés au petit matin à Paksé. Après nous avoir fait conduire au « centre-ville », nous nous sommes aperçus que la qualité des logements était vraiment inférieure à ce que l’Asie du sud-est nous avait habitués (sauf quelques exceptions). Nous avons finalement trouvé un hôtel décent à un prix tout de même raisonnable. Après une journée plutôt tranquille où Caroline ne se sentait pas très bien, nous avons regroupé nos affaires dans un seul sac à dos et sommes partis, le lendemain, à la découverte du plateau des Boloven en scooter. Ayant réservé nos billets d’avion à l’avance pour l’Indonésie et disposant finalement d’un peu trop de temps au Laos, nous avons opté pour le grand tour. Après moins d’une heure de route, nous faisions face à notre premier orage. Il faut se rappeler que nous sommes présentement dans la mousson, mais cela n’avait, jusqu’à maintenant, pas trop dérangé nos activités. Nous avons donc pris une pause forcée sous un petit abri en bambou et sommes repartis, trente minutes plus tard, sous une bruine vers Paksong.

Sur le chemin, nous devions nous arrêter pour admirer deux chutes. La première était intéressante quoi que loin d’être unique. Prétextant vouloir obtenir de l’information sur le Lodge situé sur le site, nous avons au moins réussi à esquiver les frais d’entrées. Pour ce qui est de la deuxième chute, nous l’avons manquée! En raison de l’état de la route après la pluie, nous avons fait demi-tour à seulement quelques mètres du guichet. Nous sommes finalement arrivés à Paksong vers les 17h. Comme on nous avait informés que la ville de Paksong commençait à se développer un peu comme Paksé, nous avons utilisé nos premières minutes à tenter de localiser le centre ville. Nous avons vite abandonné nos recherches, car le peu de ville est, en fait, parsemé le long de la route principale. Nous avons donc choisi notre chambre parmis les trois hôtels disponibles.
Le soir venu, nous avons eu le bonheur de croiser, par hasard, François-Xavier et Amandine, un adorable petit couple que nous avions rencontré à Muang Ngoi Neua. Le destin a voulu qu’ils se fassent recommander le même petit resto que nous. Nous avons donc fini la soirée dans le bar voisin de notre hôtel qui était bruyant et à moitié vide, mais animé par des chanteurs locaux nous invitant à les rejoindre sur la piste de danse. Fait à noter, le couple de français avait obtenu un rabais pour leur chambre, car elle donnait directement sur le bar et sa musique. Nous avons, toutefois, fermé le bar à 23h00.


Pour notre deuxième journée, nous avons quitté tôt le matin dans l’espoir de parcourir les 70km de chemin de terre qui nous séparait de notre prochaine escale avant l’orage habituel de début d’après-midi. La route fût très agréable et les gens croisés particulièrement gentils. Nous avons, toutefois, eu un petit stress tout au long de la route, car l’essence diminuait rapidement et les stations de ravitaillement semblaient ne jamais vouloir arriver. Nous avons d’ailleurs manqué la chutes sur la route, trop absorbés par notre niveau d’essence et parce que le panneau d’indication portait un nom différent. Caroline a, toutefois, entrevu la chute sans savoir qu’il s’agissait de celle-ci. Nous avons finalement réussi à rejoindre la route principale à temps et avons pu refaire le plein. Nous avons aussi profité de notre arrêt pour dîner. Au menu : riz collant et brochettes de viande séchées. Nous avons aussi acheté pour le dessert un petit paquet emballé dans une feuille de bananier. Nous ne savions pas vraiment ce qui s’y renfermait, mais comme on en trouve un peu partout, on voulait l’essayer. Ce paquet surprise contenait, en fait, un tartare de porc assaisonné aux piments forts. Même si nous étions un peu surpris de voir du porc cru surtout qu’il était conservé à l’air ambiant, nous l’avons mangé et ce fût même assez bon.

En théorie, notre voyagement de la journée était pratiquement terminé, car il nous restait uniquement à parcourir une vingtaine de kilomètres avant de rejoindre la chute Tad Hua Khon où nous devions dormir. Dans les faits, une fois rendus près de la chute, nous avons passé plus d’une heure à tourner en rond en se faisant envoyer d’une direction à l’autre par les habitants du coin. Quand nous étions sur le point de tout abandonner, on nous a finalement indiqué correctement le chemin à prendre. Tous ces efforts nous ont menés dans une hutte de bambou en perdition! De notre lit, il nous était possible de voir à travers le mur et de l’extérieur, on pouvait aisément apercevoir notre bol de toilette. Malgré tout, ce fut plutôt agréable, car nous étions pratiquement seuls et la localisation était tout de même sympathique.


La journée du lendemain fut sans histoire. Nous nous sommes dirigés sur une route pavée vers Tad Lo, un minuscule village à proximité d’une autre chute. Nous avons réussi à nous trouver un charmant bungalow en bois, tout neuf, avec une vue sur un champ où broutaient vaches et buffles. Nous avons aussi eu le plaisir de rencontrer Éric, un autre ami qui faisait parti du groupe de français rencontré au début de notre voyage au Laos. Éric vivant à Toulouse, Mathieu s’est fait un devoir de partager un pastis avec lui pour l’apéro.

Lors de notre nuit passée à Tad Hua Khon, un groupe de voyageurs nous avait parlé d’une excursion à partir de Tad Lo vers une chute particulièrement reculée, mais magnifique. Nous avons donc décidé d’allonger notre séjour à Tad Lo pour se rendre à cette chute secrète. Nous avons roulé 20 kilomètres en direction de Salavan avant de prendre un chemin de terre à droite. Après 17 kilomètres de route de terre, trois villages, deux rivières à traverser et plusieurs roches et crevasses, nous avons bifurqué à droite, à la pancarte, pour ensuite abandonner la moto et marcher une bonne demi-heure. Les paysages rencontrés sur la route étaient vraiment authentiques et jolis et les gens, bien que surpris de nous voir aussi éloigné, extrêmement gentils. La marche, faite sous le soleil de midi, nous a permis de s’enfoncer dans une jungle dense et n’a fait qu’augmenter la magie de la chute.

Quand nous avons finalement aperçu la chute, le plaisir d’y être arrivés nous a vite fait oublier tout le chemin parcouru. En plus d’être les seuls sur place, la chute offre de jolis endroits de baignade et une ambiance toute particulière. Tristement, les photos que nous avons prises ne rendent pas pleine justice à cette chute surnommée la chute de Bouddha. En effet, les locaux prétendent que si l’on regarde bien la chute, on y verra apparaître le visage de Bouddha. Cet endroit ayant quelque chose de sacré pour la population, plusieurs viennent s’y purifier une fois par an. La journée fut extraordinaire et demeurera certainement l’un des plus beaux souvenirs de notre passage au Laos.

Le lendemain nous sommes rentrés directement à Paksé. Les 80 kilomètres qu’il nous restait à faire devait, selon le propriétaire de l’auberge à Tad Lo, prendre seulement un litre et demi d’essence. Eh bien, non! À 20 kilomètre de la ville, nous avons manqué d’essence et avons dû pousser le scooter jusqu’au prochain poste de ravitaillement. Par chance, nous avons eu seulement quelques centaines de mètres à faire avant d’acheter, à une dame particulièrement honnête, un litre supplémentaire.

Selon les commentaires que nous avions eus préalablement de d’autres voyageurs, nous nous attendions à ce que le plateau des Boloven rassemble des paysages uniques avec une plaine verdoyante entourée de majestueuses montagnes. Ceci ne s’est pas avéré être le cas, ce qui ne veut, toutefois, pas dire que la région soit sans intérêt. Ce qui fait de cet endroit un arrêt obligatoire dans un voyage au Laos est le bonheur ressenti en parcourant les routes, de villes en villages et de chutes en chutes, salués au passage par ses habitants le tout avec un sentiment de liberté totale.

Nous avons passé le reste de la journée à Paksé à siroter un capuccino glacé en « surfant » sur Internet. Le lendemain matin, nous avons quitté en direction des 4000 iles, tout au sud du pays. Disposant encore de beaucoup de temps, nous avons jeté notre dévolu sur l’île de Don Khon et nous nous sommes installés pour sept nuits. Nous avons choisi l’un des seuls bungalows de l’île avec l’air climatisé que nous avons durement négocié de 130 000 à 86 000 kips (soit environ 11$ canadien). Il est clair que les 4000 îles ne méritent pas que l’on s’y arrête pour une semaine, mais nous avons profité de ce temps pour nous reposer, visiter les quelques attraits de l’île (la chute (eh oui, encore une autre!), le quai datant de l’époque française, la locomotive et la petite plage d’où certains prennent une excursion pour aller voir les dauphins).


Don Khon est relié à l’île de Don Det par un pont ferroviaire construit par les français qui permettait, auparavant, le transport des biens provenant du Cambodge. Nos sommes allés nous balader à plusieurs reprises sur Don Det où nous avons rencontré Éric pour une troisième fois et, comme le monde est petit, nous avons aussi revu Olivier le dernier membre du groupe de français rencontré au début du voyage. Durant notre séjour sur l’île se déroulait le festival des fusées qui souligne le début de la saison des pluies. La légende dit que le Dieu des saisons étant lassé de la population jamais satisfaite de la température, avait décidé que, dorénavant, il ferait toujours beau et que si les habitants voulaient de la pluie, alors ils devraient l’en aviser en envoyant des fusées dans le ciel. C’est ainsi que chaque année la population fabrique, de façon artisanale, des fusées et tentent de les propulser le plus haut possible. Vous pouvez vous imaginer que l’exercice est assez dangereux et généralement supervisé par des locaux déguisés en femme sous l’effet du lao-lao (alcool fort fabriqué à partir de riz).

La seul bémol qui a ternit quelque peu notre séjour a été la musique provenant de Don Det, juste en face de notre bungalow, qui s’est amplifiée de jour en jour pour atteindre un niveau insupportable lors des deux derniers jours (et nuits). Certains prétendaient que c’était des funérailles, mais ça sonnait plutôt comme un bar karaoké où aucun des chanteurs n’avait de talent. Le tout s’est arrêté, à notre grand soulagement, la dernière soirée avant notre départ, nous laissant au moins une bonne dernière nuit de sommeil.

Une petite anecdote qui explique bien le niveau de conscience social et de corruption présent dans ce genre de pays. Nous devions payer un frais d’entrée, particulièrement élevé, afin d’accéder à la zone regroupant tous les « joyaux » de l’île. Après avoir posé des questions, nous avons compris que même si le panneau indiquait la nécessité de se procurer un billet par jour, le billet s’avérait, en fait, valable pour l’ensemble du séjour, ce qui rendait le coût beaucoup plus raisonnable. Nous avons donc procédé à l’achat de nos deux billets. Toutefois, nous avons été désappointés de réaliser que le guichetier nous remettait un billet pour une seule personne sur lequel le prix ainsi que le nombre de personnes avaient été modifié à la main. Il était donc très clair que la moitié de l’argent allait directement dans ses poches. Après une dure argumentation pour le principe, nous avons finalement obtenu notre deuxième billet. Pour ajouter au ridicule de la situation, il y avait sur place un policier, un membre du bureau de touriste ainsi qu’un local qui se partageaient tous les bénéfices. Malheureusement, personne ne semble y faire vraiment de cas même si l’argent devrait techniquement servir à la communauté ou à l’entretien du pont. Comme dans plusieurs pays, les problèmes partent souvent de bien plus haut. À titre d’exemple, le Laos, comme plusieurs de ses voisins, est un pays à parti politique unique et ce, depuis 1975.

Après notre petite semaine de vacance dans les îles, nous avons pris un bus de nuit en direction de Vientiane. La capitale ne fait pas l’unanimité au sein des touristes et même que plusieurs voyageurs nous avaient découragés d’y passer plus de quelques heures. Ne faisant qu’à notre tête, nous avons décidé d’y passer deux jours avant de prendre notre vol vers Kuala Lumpur. Finalement, nous avons été agréablement surpris de découvrir cette ville extrêmement tranquille et où il fait bon s’y promener. Il n’y a pas vraiment d’attraits majeurs, ni d’architecture spectaculaire, mais l’endroit est particulièrement agréable et peuplé d’une foule de boulangeries et de sympathiques petits restos. Nous avons profité de nos derniers moments au Laos pour errer dans les rues en s’arrêtant en chemin à Patuxai (une réplique inachevée de l’Arc de Triomphe), dans deux temples ainsi qu’au marché. Il est à noter que le Patuxai a été construit à partir du ciment donné par les américains qui devait servir à construire un nouvel aéroport.

Le Laos s’est avéré être une destination particulièrement relaxante et agréable. En fait, tout dans le pays contribue à nous reposer; la population est y particulièrement sympathique, les arnaques assez minimales et même les attraits sont plus contemplatifs qu’intellectuellement stimulant. Il ne faut pas être à la recherche de sites uniques et spectaculaires lorsque l’on visite le Laos, mais on ressort du pays inévitablement reposé et reconnaissant du bon temps que nous y avons passé.
Fait divers sur le Laos : Les laotiens servent généralement le café avec du lait condensé sucré. Les diabétiques s’abstenir!