Le lendemain matin, nous nous sommes rendus à la station de bus pour 7h30, selon les recommandations de l’hôtel, afin de prendre le bus de 9h00 vers Rantepao. Le bus n’est finalement parti qu’à 10h30, mais notre attente a été récompensée par un bus encore plus confortable que la « Première classe » d’Air Canada. Nous avons eu droit, pour nos dix heures de route, à des sièges près de deux fois la largeur habituelle avec en supplément un appui-pied rétractable. Lazy-Boy n’aurait pas fait mieux!
Dès notre arrivée à Rantepao vers 21h, nous avons été accostés par deux guides de la région qui cherchaient à nous vendre un tour. Après plusieurs tentatives, nous avons finalement réussi à se débarrasser d’eux et à remettre les discussions au lendemain. Nous n’avons toutefois pas eu beaucoup de répit, car les deux guides sont réapparut, le lendemain, bien avant que nous finissions de déjeuner. Après une longue discussion, nous avons finalement réduit leur offre de quatre jours à une seul journée et le prix, initialement complètement déraisonnable, à quelque chose d’un peu plus logique. Nous sommes donc partis vers les 11h visiter les principaux attraits de la région.
Rantepao est situé dans la province de Tana Toraja, généralement reconnue pour ses rituels de funérailles, ses maisons traditionnelles avec un toit en forme de coque de bateau et pour ses paysages époustouflants.
Nous avons débuté notre journée en se rendant à des funérailles dans un village situé à quelques kilomètres de la ville. Il faut savoir qu’après chaque décès il y a généralement deux cérémonies. Une première juste après le décès où le corps, encore considéré comme « malade », est préparé afin d’être conservé dans la maison pour une période pouvant aller jusqu’à plus d’un an. Durant cette période, la famille du « malade » se réunit afin de convenir de la date de la deuxième cérémonie qui, elle, durera habituellement quatre jours. C’est donc à ce deuxième événement que nous avons assisté, car c’est celui qui convie toute la famille, proche et éloignée, les habitants du village ainsi qu’une poignée de touristes! La seule prérogative pour être invité est d’être vêtu sobrement et d’apporter un cadeau à la famille (sucre ou cigarettes). Prière de remarquer les superbes pantalons à fleurs de Caroline qui passent tout à fait inaperçu.
Lorsque nous sommes arrivés, une rangée de petites huttes temporaires avaient été construites le long de la route afin de permettre aux invités de se reposer et de discuter entre eux. Nous sommes ensuite montés jusqu’au lieu où les convives remettent, à tour de rôle, leurs offrandes à la famille. Comme les habitants de Toraja croient que l’âme des animaux devrait suivre le mort jusqu’à sa nouvelle vie, alors la tradition veut que l’on offre au « malade » des buffles (animal sacré et symbole du statut social) ou des cochons que l’on sacrifie ensuite. Nous avons donc assisté, comme le veut la tradition, au dépeçage d’un buffle et à la donation de quelques cochons hurlant les pattes attachées à une tige de bambou. Un groupe d’homme du village a ensuite encerclé le buffle et ont entonné un petit hymne traditionnel accompagné de quelques pas de danse.
Par la suite, ce fut l’heure du repas pour lequel nous avons aussi été invités. Nous avons eu droit à un repas traditionnel; porc mélangé avec des légumes et des épices cuit sur le feu dans une tige de bambou. Ce fut exquis et pour ajouter au plaisir, nous l’avons mangé assis par terre, avec nos mains et dans un genre de napperon ciré brun plié en forme de bol. Nous sommes, par la suite, allés voir le sacrifice des cochons qui est, toutefois, beaucoup moins cérémonial voire plutôt utilitaire.
Nous avons assisté qu’à la première journée d’une série de quatre jours de célébration où le dernier jour le « malade » devenu « mort » en mis en tombeau et transporté soit dans une grotte ou mis en terre. Ce rituel est le seul vestige qui perdure des anciennes traditions de cette ethnie, convertie par les missionnaires chrétiens durant la IIième Guerre mondiale. Ce rite est certes intéressant pour tout ce qu’il représente, mais n’a toutefois pas été aussi impressionnant et grandiose que ce à quoi nous nous attendions.
Nous nous sommes ensuite dirigés, à pied, en directement d’une grotte où certains cercueils sont conservés. Pour y arriver, nous avons marché à travers des champs de riz verdoyant merveilleusement entourée de montagnes. Sur la route, nous avons aussi pu admirer l’architecture étonnante des maisons traditionnelles avec leur toit gigantesque imitant une coque de bateau. Autant les couleurs que les courbes formées par les paysages étaient spectaculaires et nous étions seuls au milieu de cette nature éclatante de beauté.
Après plus d’une heure de marche nous sommes arrivés devant cette grotte sacrée où étaient empilés des tombeaux autant à l’intérieur qu’en suspension dans les airs ou coincés dans certains orifices de la paroi. Le site n’est pas, en soit, très joli n’y bien aménagé, mais il n’en demeure pas moins surprenant. Nous avons ensuite poursuivi notre route en s’arrêtant à une autre grotte ainsi que dans un musée de maisons traditionnelles et nous sommes rentrés à l’hôtel satisfaits de cette intéressante journée.
Dès le lendemain matin, nous avons repris la route en direction de Tentena, un peu plus au nord, dans le but de s’approcher de notre objectif avoué, les îles Togian. Après plus de 12 heures de route, nous avons été débarqué au bord de la route, sous la pluie, d’où nous avons dû prendre une moto (appelé « ojek ») pour se rendre à notre hôtel à trois kilomètres de là. Comme il se faisait tard (22h) et qu’une seule moto était disponible, nous avons donc dû y être conduit chacun notre tour. Cette-fois, le choix de notre hôtel s’avérait assez important, malgré l’heure tardive, car nous devions célébrer l’anniversaire de Mathieu le lendemain… Malheureusement, le choix était assez limité et entre les hôtels qui ne semblaient pas vouloir nous ouvrir et les chambres miteuses à fort prix, nous avons arrêté notre choix sur une grande chambre décorée de façon odieuse, mais avec une petite vue sur le lac Danau Poso.
Ne voulant pas être sur la route toute la journée pour l’anniversaire de Mathieu, nous avions convenu de nous arrêter à Tentena pour la journée. L’endroit s’est toutefois avéré plutôt limité pour toutes tentatives de festivités. Heureusement, Caroline avait réussi à trouver quelques ballons et masques de fête pour décorer la chambre, mais ceci s’est avéré être les seuls éléments de la journée incitant aux célébrations! Nous avons marché dans le village à la recherche de la gare de bus, avons été dans le seul café Internet de la place et avons terminé la journée par un souper à notre hôtel. Bien que l’hôtel soit situé assez près du lac, le restaurant n’a aucune vue sur ce dernier en plus d’être complètement dénué d’atmosphère. Nous avons dû nous contenter de gras de poulet sauce aigre douce pour Mathieu, de murène (sorte de poisson en forme de serpent typique à la région) pour Caroline, le tout accompagné de légumes sautés et de riz frit, le tout arrosé de quelques bières Bintang. Un festin de roi ! Pour ajouter au ridicule de la soirée, le restaurant a réussi à ajouter des crevettes dans les légumes, ce qui a rapidement coupé l’appétit de Mathieu. La journée a donc été un peu pathétique et très peu festive, mais nous l’avons pris en riant.
Nous nous sommes rendus, le lendemain matin, à la station de bus vers 6h45 am n’ayant pas réussi à obtenir d’information crédible sur l’horaire des bus. Nous avons finalement dû patienter jusqu’à 9h00 avant de prendre un mini-bus pour Poso situé à 1h15 de là. Nous nous sommes entassés à dix (plus le chauffeur) dans une petite camionnette qui aurait dû en contenir que sept. Nous avons tout de même eu les places de choix, situées sur la banquette avant. C’est l’avantage d’être un touriste! Arrivés à Poso vers 10h15, nous avons dû attendre, à nouveau, le prochain mini-bus vers Ampana qui devait quitter vers 14h00. Heureusement, nous avons passé le temps avec deux gars de l’armée, un policier ainsi quelques garçons traînant dans le coin. C’est sous l’effet de l’alcool de palmier (plutôt bon d’ailleurs) que le petit groupe s’est mis à chanter des chansons indonésiennes accompagné de la guitare de Mathieu, d’un tam-tam et d’un cambas. Pour nous faire plaisir, ils se sont même permis de baragouiner des chansons américaines avec un anglais aussi convaincant que la fluidité de nos conversations. Finalement, nous avons réussi à attraper un taxi collectif vers 13h en direction d’Ampana où nous sommes arrivés vers 17h30. Dans la voiture, nous avons rencontré une Indonésienne charmante, prénommée Les, avec qui nous avons aussi passé une partie de la soirée. Évidemment, comme tous les transports ne semblent jamais être logiquement coordonnés, nous avons dû passer la nuit à Ampana avant de prendre le bateau le lendemain vers les îles Togian. Nous nous sommes rendus au port le lendemain matin dans l’espoir de prendre un bateau vers Wakai, situé à 30 minutes de notre destination finale. Malheureusement, nous étions dimanche et aucun bateau ne s’y rendait cette journée là. Étant bien déterminés à se rendre sur notre île, nous nous sommes résignés à prendre un bateau vers le village de Libiti et à noliser un bateau de là pour se rendre jusqu’à notre destination finale même si cela impliquait quelques dollars supplémentaire. C’est donc après plus de 17 heures de bus, 7 heures de bateau et 3 jours complets de voyagement que nous avons finalement mis le pied sur l’île de Kadidiri.
L’île compte trois différents hôtels, tous rangés les uns à côté des autres. Après avoir investiguer un peu nos options, nous avons arrêté notre choix sur le Kadidiri Paradise, principalement parce qu’ils offraient autre chose que du poisson et du riz et parce que leurs bungalows étaient un peu plus charmants. Nous avons donc passé une semaine à admirer la mer et son eau turquoise, à faire de l’apnée, de la plongée pour Mathieu et à lire au soleil. Après tout, nous en sommes maintenant aux vacances de nos vacances! L’endroit est vraiment paisible et comme les îles sont situées dans une énorme baie au centre du pays, l’eau est calme et il n’y a même pas de vagues.
Lors de notre séjour, nous avons fait quelques excursions de plongée avec l’hôtel où nous avons pu admirer les spectaculaires coraux multicolores ainsi que les nombreux poissons vivant dans la région. À nous deux, nous avons vu des raies, des poissons perroquets, des murènes, des concombres de mers, des barracudas, des dauphins, des homards, un requin léopard ainsi que des milliers de poissons de toutes les formes et couleurs. Nous avons aussi eu beaucoup de plaisir avec l’instructeur, Bertrand, un sympathique français particulièrement généreux de son temps et de ses conseils.
Comme la plupart le disent, il est extrêmement difficile de rejoindre les îles, mais cela requiert au moins autant de détermination pour les quitter, tant l’endroit est paisible et sublime. Nous avons tout de même dû nous résigner, après une semaine, à prendre le traversier jusqu’à Gorontalo, au nord de la mer de Teluk Tomini.
Fait divers sur l’Indonésie : L’Indonésie compte plus de 17 000 îles, étalées sur plus de 5000 kilomètres, et est, aujourd’hui, le quatrième pays le plus populeux du monde avec 240 millions d’habitants.















