mardi 23 février 2010

Descente vers le sud


La ville de Hampi est séparée par une rivière qui se traverse à bord d’un petit bateau à moteur entassés avec une vingtaine d’autres personnes. Selon les recommandations d’une de nos rencontres faites au Botswana, nous avons décidé de nous loger sur la rive nord, reconnue pour être plus agréable. Dès notre arrivée, nous avons été étonnés par la beauté des paysages. Notre lodge était entouré de rizières surplombées de montagnes de roches, ce qui donnait au panorama un caractère atypique.  Malgré une quantité de moustiques inimaginable, nous y sommes quand même restés trois nuits, car l’endroit était vraiment magnifique et paisible.
La ville de Hampi est d’abord et avant tout reconnue pour ses nombreux temples situés sur la rive sud. Il y a, en fait, quelques 400 temples dispersés sur 30 km2 de roches et de collines. Pour effectuer la visite de certains lieux plus éloignés, nous avons loué des vélos pour une demi-journée. Le site est assez vaste, mais on pouvait facilement suivre Caroline grâce au bruit de ferraille continuel de son pédalier! Rien n’est vraiment entretenu en Inde, alors pourquoi les vélos feraient-ils exception!  
L’ancienne cité de Hampi fut construite par les rois Davaraya II et Krishna Deva Raya au XVe et XVIe siècle, mais la ville fut attaquée par les musulman du nord en 1565, puis abandonnée par ces derniers. La cité tomba ensuite dans l’oubli pendant plusieurs décennies et ce fut qu’au XXe siècle qu’on la ramena à la vie. Il semble d’ailleurs qu’il resterait encore plusieurs trésors à découvrir.
Selon nous, l’attrait majeur de la ville réside dans l’ambiance engendré par l’omniprésence des temples et autres structures de l’époque. Quoi que certains monuments se détachent du lot, le détail de leurs sculptures et la complexité de leur construction se sont révélés moins spectaculaires que leurs ancêtres égyptiens. Toutefois, les balades sur les routes d’Hampi ainsi que les paysages de la région font de cette ville un incontournable dans un itinéraire en Inde.
 Pour notre dernière journée à Hampi, nous avons récidivé en louant un scooter sachant que la circulation était minimale et les contrôles policiers peu fréquents. Comme la température commence à devenir particulièrement chaude dans le sud de l’Inde, nous sommes allés faire une saucette dans une rivière à quelques kilomètres de notre hôtel à bord de notre bolide. En plus d’y trouver une eau fraiche et agréable, le paysage, à lui seul, valait le déplacement.
Nous avons poursuivi notre progression vers le sud en direction de Mysore. Nous avions acheté nos billets à travers une agence qui nous avait garanti un bus de luxe avec des bancs inclinables. Quelle ne fût pas notre surprise que de réaliser que c’était plutôt un bus de ville avec des banquettes sur lesquelles nous devions nous entasser à trois. Nos dix heures de bus de nuit furent donc peu reposantes!
La ville de Mysore a que peu d’intérêt en elle-même, mais elle possède le palais le plus impressionnant du sud de l’Inde. Le palais ainsi que ses jardins sont immenses et toute la ville y est construite autour. Le palais original a malheureusement brulé vers la fin du XIXe siècle, mais sa reconstruction, terminée en 1912, est tout simplement splendide. Chacune des pièces, que l’on doit d’ailleurs visiter pieds nus, est magnifiquement décorée; peintures murales, plafond en teck de Birmanie, portes en argent ou en bois de rose incrustée d’ivoire, marbre, colonnes sculptées, fresques au plafond, etc. L’endroit est grandiose et constitue un plaisir continu pour les yeux, mais nous n’étions toutefois pas autorisés à prendre des photos de l’intérieur. Donc, si vous ne prévoyez pas visiter l’Inde de sitôt, vous devrez vous contenter d’une des fresques prises de l’extérieur, mais celle-ci ne donne malheureusement pas l’ampleur de la beauté des lieux. 

Lors de notre passage à Mysore, nous avons aussi visité le marché de la ville. Ses étals de fruits et de légumes, ses colliers de fleur de toutes les couleurs (utilisés pour remettre aux dieux dans les temples), ses épices et ses montagnes colorées de poudre servant à faire le tilak (marque dans le front représentant le « troisième œil ») font de ce marché un des plus beaux  du sud de l’Inde.
Nous avons ensuite poursuivi notre périple vers Alleppey en bus de nuit de luxe, où nous avons rencontré un couple d’Ontario. La ville d’Alleppey n’a pas énormément d’intérêt à l’exception du fait qu’elle constitue un point de départ pour une croisière sur les « back waters ». Les « back waters » sont en fait un réseau de canaux qui serpentent la région. Dès notre arrivée, nous avons débuté nos recherches pour se trouver un « bateau-maison » pour deux nuits avec deux chambres (ne vous inquiétez pas, nous ne faisons pas encore chambre à part, les Ontariens se sont joint à nous). Après deux heures de négociation et de marche sous une chaleur écrasante additionnée d’une humidité suffoquante, nous nous sommes dégotés une jolie petite maisonnette flottante. Il ne faut pas croire que les installations soient rudimentaires, car en fait la plupart des « bateaux-maison » sont assez luxueux : télévision, salle de bain privée, air climatisée et certaines avec satellite! Nous avons appréciés nos deux jours passé sur le bateau à boire de la bière avec Trudy et Terry tout en regardant les femmes faire leur lavage sur la rive, les hommes pêcher au filet ou sur leur petit canot et les enfants nous faire de gros « salut » de loin.  Nous avons toutefois été étonnés de constater la largeur des canaux qui ressemblaient plus à de petites rivières, mais ceci était prévisible dû à la taille des bateaux.
Après s’être bien reposés, nous avons repris le bus vers Kumily à environ 5h30 à l’est d’Alleppey. Le trajet ne fût pas de tout repos, car les chauffeurs repoussent constamment les limites de leur véhicule et ce, malgré des routes particulièrement étroites et sinueuses. C’est donc bien accroché à notre siège que nous sommes arrivés dans ce petit village tranquille et sympathique en plein cœur des montagnes et des plantations de thé.
Le lendemain matin, nous nous sommes rendus dans le sanctuaire de Peryar pour y effectuer une randonnée avec guide. Nous avons réussi à voir l’ombre d’un éléphant, plusieurs oiseaux, des singes, des sangliers et deux écureuils géants, mais le lac brumeux à la lueur du matin est probablement l’image la plus marquante que nous garderons de ce parc.  
En soirée, nous avions décidé de nous inscrire à un cours de cuisine indienne. Ce fut vraiment génial ! Nous avons eu la chance d’apprendre à cuisiner un cari d’haricots, un cari d’ocra, un cari de poulet, du poisson frit, des patates frites, du pappadam (un petit pain frit) ainsi que des parothas (un pain feuilleté). Le résultat fut assez bon, bien que nous préférions un peu la cuisine du nord. Toutefois ce fut une excellente introduction à la culture culinaire indienne ainsi qu’à l’utilisation efficace des épices. Nous verrons bien si nous pourrons reproduire le tout à la maison!
La région de Kumily étant d’abord et avant tout reconnu pour ses plantations de thé et d’épices, nous ne pouvions quitter l’endroit sans aller en visiter. Nous avons donc pris part à un tour guidé d’une plantation et manufacture de thé. Nous avons appris pleins de choses, dont que les installations ici ne répondent pas aux normes d’hygiène canadienne (quelle surprise!)! Le thé est manipuler avec les mains, il est ramassé même s’il tombe sur le plancher (en bois), personne ne porte de petit filet, etc… Ensuite nous nous sommes dirigés vers un petit jardin d’épices où nous avons pu admirer, notre ignorance! Le jardin était assez petit, mais possédait des dizaines d’épices différentes que nous a pu goûter, sentir et très rarement réussir à deviner.
Nous devions quitter aujourd’hui pour Varkala, mais une grève généralisée des services nous a forcé à reporter notre départ à demain.   
Fait divers : Le tamari (ingrédient de la sauce du même nom) pousse dans les arbres.

lundi 15 février 2010

Au temps des pierres


Le seul objectif d’aller à Aurangabad était de visiter les grottes situées à quelques kilomètres de la ville. Nous avons décidé de joindre un groupe organisé pour visiter le site d’Ellora. Le tour incluait aussi le fort de Daulatabad, le temple de Ghrishneshwar, le mini Taj Mahal (que l’on a décidé de ne pas visiter prévoyant aller à Agra) et se terminait avec un moulin à eau qui n’avait absolument aucun intérêt ni historique, ni architectural.


Le fort de Daulatabad, perché sur un piton rocheux, fut la capitale d’un petit royaume hidou au IXe siècle. Le site fut conquit au XIIIe siècle par le sultan de Delhi qui le converti à la religion musulmane. Les quelques kilomètres de remparts ainsi que les fossés entourant la forteresse joliment située, donne beaucoup de prestance au lieu.

Nous avons ensuite poursuivi notre visite sur le site d’Ellora. Le site contient 32 grottes ayant chacune une appartenance à la religion bouddhique, hindoue ou jaïne. Ces grottes sont en faites d’énormes sculptures qui ont été creusée à même la roche et ce, en un seul morceau. Elles ont été construites au fils des siècles, et demeurent, encore aujourd’hui, assez bien conservées. La grotte hindoue de Kailasha (grotte #16) est clairement la plus impressionnante, car elle a été construite sur une période de 150 ans et est considérée comme la plus grande structure monolithique au monde. Ce temple destiné à Shiva est massif et imposant, mais se distingue aussi par la beauté de ses sculptures.



La grotte bouddhique #10 est un peu moins impressionnante, mais sa voûte magnifique surplombant un Bouddha bien campé, favorise le recueillement tout en lui donnant une musicalité toute particulièrement dû à la résonnance de la salle.

Vers la fin de la journée, nous sommes allés au temple Ghrishneshwar. Malheureusement, les femmes étaient plus ou moins admises à l’intérieur, mais Mathieu a eu droit à une expérience particulière. Premièrement, il a dû retirer son chandail, comme tous les autres hommes, puis il a été dirigé vers une sculpture un peu insolite au milieu de la salle. On lui a fait une marque rouge dans le front, on lui a donné des fleurs, quelques morceaux de sucre, le tout accompagné de prières. L’expérience fut assez intéressante, mais disons que Mathieu n’a pas vraiment compris l’ensemble du processus … il est même reparti avec le sucre dans ses poches ne sachant pas trop quoi en faire!


Nous avons ensuite repris la route vers Goa en bus de nuit. Pour agrémenter nos 15h00 de route, nous avons eu droit à deux films indiens tout droit sorti de Bollywood! (Le film « Les 3 idiots » est un énorme succès ici)

Notre premier arrêt dans l’état de Goa a été dans la ville de Panjim, capitale de la région. Cette petite ville est remplie de charme avec son architecture rappelant l’époque portugaise, ses petites rues étroites s’entremêlant et ses églises côtoyant encore les multiples temples hindoues. Il faut savoir que la communauté de cette ville est majoritairement chrétienne, héritage de la venue des portugais. Nous avons aussi visité Old Goa situé à quelques kilomètres qui fut au XVIe siècle la cité principale de la région. La ville ayant été ravagé par le choléra, Panjim a finalement été désignée comme la capitale. Il ne reste donc plus que quelques églises à Old Goa qui témoignent encore de l’importance que cette ville a déjà eue. C’est d’ailleurs dans sa basilique que le corps de Saint-François d’Assise est conservé.

Nous avons ensuite décidé de nous rendre à Calangute, un peu plus au nord, qui est probablement l’une des plages les plus connues de Goa. Pour nous Goa signifiait des plages à perte de vue et l’exotisme à son meilleur. Détrompez-vous, Goa a sûrement déjà été cet exil surréel, mais c’est aujourd’hui des rues bombées de boutiques de fringues, de vieux européens qui étaient sûrement déjà venu fêter ici dans leurs bonnes années, une multitude de resto-bar sur la plage, des bateaux à moteur et une tonne d’Indiens qui s’amusent à prendre des photos des jeunes occidentales en bikini! Il y a certes encore certaines plages désertes à Goa, mais elles sont à l’extrémité nord et sud de la région et nous n’avons malheureusement pas eu la chance de s’y rendre.

Ayant rapidement compris que nous n’allions pas nous faire rôtir sur la plage pendant trois jours et souhaitant nous promener un peu dans les environs, nous avons décidé d’emprunter le moyen de transport national de Goa, le scooter! Après quelques séances de négociation sans succès, nous avons finalement arrêté notre choix sur un magnifique engin turquoise pour la modique somme de 200 roupies (5$) par jour. Nous sommes donc partis (prudemment) en direction de la gare de train située à quelques dizaines de kilomètre de notre hôtel. Disons que le scooter ici pourrait être considéré comme un sport tant la conduite est périlleuse!

Après moins de vingt minutes de conduite, nous nous faisions arrêter par la police pour un contrôle de routine. Après avoir scruté tous nos papiers, ils ont découvert que le « certificat de pollution » était expiré et qu’il nous manquait le « livret d’enregistrement ». Le plaisir commençait! Un des policiers nous a d’abord demandé de leur verser une amende de 600 roupies (15$), ce que nous avons refusé en leur expliquant que ceci n’était pas notre responsabilité, mais bien celle du locateur. Après plusieurs minutes de discussion et après les avoir menacés de leur laisser le scooter et de repartir en bus, nous avons convenu d’une amende de 100 roupies (2.5$) et nous sommes repartis.

À peine une vingtaine de minutes plus tard, nous nous faisions arrêter à nouveau, mais cette fois-ci parce que Mathieu ne portait pas son casque sur l’« autoroute ». Il faut savoir que la règle du casque est assez obscure, car elle ne s’applique qu’au conducteur et seulement sur certaines routes. Aucune mention à cet effet n’est évidemment affichée nulle part. Nous étions donc tombés sur la mauvaise route au mauvais moment! Amende exigée : 500 roupies. Amende négociée : 100 roupies. Nous commencions à trouver que l’aubaine que nous avions faite en louant le scooter commençait à fondre et que les entremêlements avec les autorités se faisaient un peu trop fréquents. Nous sommes alors revenus vers notre plage, avons remis le scooter et exigé de récupérer notre argent ainsi que le montant de la première amende.

Nous sommes donc retournés bien sagement dans notre petite cabane en paille et avons profité de nos derniers moments à Calangute pour se reposer, magasiner et continuer de découvrir la cuisine indienne, mais en marchant!

Nous sommes maintenant à Hampi et quittons ce soir en bus vers Mysore un peu plus au sud.

Fait divers sur l’Inde : Les indiens hochent la tête à la manière d’un « bubble head » constamment! Ceci signifie un genre de remerciement poli ou un « oui » aimable, mais ça leur donne un air un peu idiot!

vendredi 5 février 2010

Mumbai, on adore!

Nous sommes arrivés à Mumbai (Bombay) en plein milieu de la nuit (vers 3h00 du matin). Nous avons pris un taxi et et nous nous sommes dirigés vers un premier hôtel dans l’espoir d’y trouver un lit, car nous n’avions toujours rien de réservé. Nous avons finalement abouti dans un simili dortoir où les chambres étaient séparées par des cloisons. Nous avons certainement dû réveiller tous les pensionnaires avant de finalement se coucher vers 5h00, heure de l’Inde (10h30 de plus qu’au Québec). La première chose qui nous a marqué à notre arrivée en Inde a été de réaliser qu’une quantité impressionnante de personnes et de familles utilise les rues comme demeure et y dorment la nuit sur les trottoirs ou à l’entrée des magasins.

Les gens prétendent que Mumbai est une ville où la richesse et l’extrême pauvreté se côtoient au quotidien, mais à vrai dire c’est plutôt des pointes de richesse entremêlées d’un quotidien d’une ville du tiers-monde avec ses déchets, sa pollution et son bruit. Toutefois, il ne faut pas croire qu’elle soit sans intérêt, car il règne, dans certaines parties de la ville, une atmosphère décontractée et agréable, un peu comme lors d’une soirée chaude d’été à Montréal. En se promenant dans le centre de la ville, il est étonnant de voir le nombre d’immeubles magnifiques rappelant, pour la majorité, la colonisation britannique ainsi que les nombreux temples et mosquées relatant les diverses religions présentent dans le pays. Il est aussi agréable de se promener près la baie, entourée du centre-ville, mais où, malheureusement, il y a toujours une certaine brume de pollution qui rend le paysage un peu gris.

Cette ville de 15 millions d’habitants pullule de vie, mais contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’atmosphère ne nous a pas parue étouffante. L’étendue de Mumbai et la largeur de ses principales artères limitent assez bien le sentiment de surpopulation.

Les grandes chaînes américaines et européennes sont certes venues profiter de la densité de population, mais le portrait de la ville est encore dessiné majoritairement par des stands itinérants et peuplé de petits restaurants où les habitants passent y boire rapidement un thé indien.

L’Inde doit aussi être découverte à travers ses traditions culinaires et notre initiation a été « brulante » ! Les menus des restaurants sont assez élaborés, mais nous sommes encore à l’étape d’interpréter les différentes options... et pour l’instant, tout brûle…! Les épices sont utilisées partout et ils vont même jusqu’à nous en offrir dans nos œufs le matin. Dans l’ensemble, nous mangeons assez bien et, à notre grand étonnement et au grand bonheur de Mathieu, nous avons même droit à de la viande.
Après avoir passé quatre jours à errer dans la ville de Mumbai, nous avons pris le train en direction d’Aurangabad. Nous avons passé huit heures à se faire regarder par les autres passagers qui semblaient être fascinés par notre présence et qui prenait même des photos de nous avec leur cellulaire en catimini. Le trajet s’est assez bien déroulé à l’exception de la sortie où nous avons dû laisser de côté nos manières nord-américaines pour nous permettre de s’éjecter du train, car des dizaines de personnes se bousculaient pour monter ou descendre, en même temps, créant, par le fait même, une certaine panique générale momentanée.

Nous sommes présentement à Aurangabad et quitterons probablement demain vers Goa en bus de nuit.