mardi 19 janvier 2010

Les neiges du Kilimandjaro

Nous avons longuement hésité à entreprendre la montée du Kilimandjaro en grande partie en raison de la somme exorbitante exigée pour le périple, mais aussi parce que nous n’étions pas tellement équipés pour ce genre d’expédition. Toutefois, mettant à l’écart notre côté rationnel et n’écoutant que notre goût pour l’aventure, nous avons finalement décidé d’entreprendre l’excursion de sept jours le 11 janvier dernier. N’ayant d’autres options, nous avons dû emprunter du matériel à la compagnie qui nous a vendu le tour: sacs de couchage, matelas de sol, bâton de marche et tout de sorte de vêtement chaud. Toutefois, côté look il ne fallait pas être trop exigeant. Pour gravir le Kilimandjaro, plusieurs routes sont possibles, mais nous avons décidé de prendre la route Machame (appelée aussi la « whisky route »), car elle avait la réputation d’être la plus belle.


Après avoir rassemblé toute l’équipe (un guide, un cuisinier et huit porteurs) ainsi que le matériel et la nourriture pour sept jours, nous sommes passés à la pesée. En fait, il y a maintenant une règle qui interdit aux porteurs de transporter plus de 15kg en plus de leurs effets personnels. C’est déjà assez impressionnant… Une fois les poids répartis entre eux, nous avons entrepris notre première journée à partir de l’entrée du parc, située à 1800 mètres. Nous avons marché près de cinq heures dans la « rain forest » pour se rendre jusqu’au premier camp situé à 3000 mètres. Nous avons eu droit à de la pluie durant la presque totalité du trajet, mais il fallait s’y attendre! Heureusement, le parcours était relativement facile et nous avions des ponchos dans le matériel prêté par la compagnie. À notre arrivée au camp, nous avons eu droit à un bol d’eau pour se laver un peu, puis ce fut le thé et la collation, suivi d’une période de repos et finalement du souper dans notre petite tente où nous étions assis sur un mini tabouret pliable. Ce fut le même sympathique rituel durant toute la durée du séjour.



À 8h10, nous entreprenions notre deuxième journée qui devait s’avérer plus facile que la première, selon notre guide. Elle était, en effet, plus courte en termes de kilomètre, mais elle était beaucoup plus abrupte et ponctuée de roches que nous devions enjamber. Étant mentalement mal préparés par notre guide, la marche a été moins agréable qu’elle aurait dû l’être, mais tout de même pas trop difficile. Quatre heures plus tard, nous étions au deuxième camp, le Shira, situé à près de 3900 mètres. Déjà du deuxième camp nous avions une vue magnifique du sommet enneigé de la plus haute montagne d’Afrique. Nous avons eu l’occasion de rencontrer un groupe organisé de québécois qui était en Tanzanie pour monter le mont et pour faire un safari. Étant bien mieux équipé que nous, le guide québécois nous a gentiment proposé de prendre nos taux de saturation d’oxygène et notre pression à tous les jours et certains membres du groupe nous ont offert du beurre d’arachide Kraft pour le lendemain matin! Ce fut bien agréable d’autant plus que c’était les premiers québécois que l’on rencontrait depuis notre départ.




La deuxième nuit a été, comme la première, un peu difficile, car les matelas de sol ne mesuraient pas plus d’un quart de pouce d’épais. De plus, nous avons réalisé, le lendemain, qu’un des sacs de couchage qui nous avait été prêté n’avait à peu près plus de duvet à l’intérieur, ce expliquait pourquoi Caroline avait trouvé la nuit particulièrement froide... Nous avons tout de même entrepris notre troisième journée, enthousiastes, vers le troisième camp, celui de Barranco, situé à un peu plus de 3900 mètres. Toutefois, dans le but de s’acclimater à l’altitude, nous sommes montés jusqu’à 4600 mètres à la « Tour de lave », puis sommes redescendu jusqu’au camp. La journée a été assez longue (environ six heures de marche), mais nous avons marché très doucement (« pole pole » comme disent les Tanzaniens) afin de s’habituer au manque d’oxygène. La journée s’est donc déroulée sans malaise dû à l’altitude (maux de tête, maux de cœur, etc.) et les paysages étaient splendides.



Durant la troisième nuit, le mercure est tombé sous les 0 degrés, mais ayant prévu un peu le coup, nous avons quand même réussi à bien dormir. Nous avons donc entamé notre quatrième journée bien emmitouflés en direction du camp de Karanga situé à un peu plus de 3900 mètres. Nous sommes arrivés environ quatre heures plus tard. L’arrêt à ce camp aurait pu être sauté si nous avions décidé de faire l’excursion en six jours, mais la septième journée est fortement recommandée pour l’acclimatation à l’altitude et aussi pour accumuler plus de repos avant la journée de l’ascension vers le sommet.



La cinquième journée, nous avons poursuivi notre route jusqu’à Barafu qui est en fait le camp de base du Kilimandjaro situé à 4600 mètres. À cette altitude, la température n’excède pas tellement 5 degrés, même durant la journée, et seul le soleil réussi à nous réchauffer un peu. Nous avons soupé très tôt ce soir là et nous nous sommes couchés à 19h30, sachant que nous devions amorcer notre ascension vers le sommet à minuit.

À 23h30, nous avons bu un petit thé, avons mangé quelques biscuits et nous avons enfilés tous les vêtements que nous avions apportés afin de ne pas avoir trop froid. Accompagnés de notre cuisinier (notre vrai guide faisait une crise de malaria) et d’un porteur assistant-guide, nous avons amorcé notre montée en plein milieu de la nuit. Très rapidement après avoir quitté le camp, la pente devenait extrêmement abrupte. Comme lors de tous nos débuts de marche, l’air se faisait rare et la respiration difficile. Le froid et le vent compliquait d’autant plus la marche. Après quelques heures et deux pauses pour reprendre notre souffle, Mathieu se décide à demander : « Combien de temps avant Stella Point? ». La réponse fut écrasante… encore deux heures. La route ne semblait jamais vouloir se terminer…Les trente minutes qui ont suivies ont été plutôt pénibles. Par chance, le guide du groupe de québécois nous avait donné un mélange haut en protéine et nous trouvions qu’il était maintenant plus que propice de l’utilise. Cette petite potion combinée à l’approche de l’objectif ultime, a donné à Mathieu un regain de vie pour les derniers kilomètres restant. Toutefois, le surplus de protéine n’a malheureusement pas eu le même effet pour Caroline qui commençait à être assez exténuée par la montée. Il faut savoir que nous avons monté assez rapidement, avec de l’équipement peu approprié et des sacs à dos qui étaient probablement un peu trop lourd dans le contexte. Nous sommes arrivés à Stella Point vers 5h15 et avons pris un petit thé pour se réchauffer (température : -12 degrés). Il restait environ trente minutes de marche pour parcourir les 150 mètres qui nous séparaient du sommet (Uhuru Peak).


Finalement, à lueur du jour nous avons atteint le sommet, fatigués et particulièrement émus par la beauté du paysage. Du haut du sommet, situé à 5896 mètres, nous pouvions admirer l’immense glacier bleuté reflétant la lumière du matin qui semblait être déposé sur un délicat tapis de nuage, les montagnes à perte de vue, le cratère rappelant le passé du Kilimandjaro ainsi que le mont Méru s’éveillant au loin. Le froid accompagné d’un vent glacial ne nous a toutefois pas permis de rester très longtemps ni de capturer autant de souvenirs que nous l’aurions voulu, car nos appareils étaient complètement gelés et Mathieu devait les réchauffer à toutes les dix secondes. La température nous pressant un peu, nous avons réalisé seulement le lendemain que la photo officielle de la pancarte prise par notre guide cuisine était plutôt ratée. Disons qu’il avait plus de talent en cuisine qu’en photographie…



Nous avons ensuite entrepris la descente qui a durée deux heures. Le soleil étant maintenant levé, nous pouvions apprécier tout le chemin que nous avions parcouru et honnêtement, nous étions particulièrement étonnés de voir à quel point le trajet était abrupt et difficile. Notre guide nous a avoué, par la suite, que l’ascension de nuit avait comme principal but de camoufler l’ampleur du défi! Nous sommes arrivés au camp de base complètement lessivés, mais satisfaits. Nous avons englouti une soupe et deux tranches de pain, avons dormi une heure et demie et sommes repartis à nouveau vers le dernier camp, Mweka, situé à 3200 mètres.


Cette dernière marche de la journée fut beaucoup moins agréable considérant la courte nuit que nous avions eue et les huit heures de marche que nous avions déjà faites. Après avoir entendu Mathieu chialer pendant trois heures et demie sur la nécessité de se rendre au prochain camp la journée même, nous sommes finalement arrivés. Le reste de la journée s’est résumé en repos, repos et repos jusqu’au lendemain qui fût plutôt sans histoire. Lors la dernière journée, nous avons terminé nos trois heures de marche avec le groupe de québécois et avons été reconduit jusqu’à Moshi, une ville assez mignonne au pied du Kilimandjaro.

Nous avons initialement entrepris l’expédition dans le but de relever un défi avec la perception que les marches seraient extrêmement difficiles, que nous aurions de la pluie durant sept jours et que les paysages seraient plutôt ordinaires. Or, à l’exception du fait que nous avons dû combattre le froid pendant six jours, nous avons obtenu des marches extrêmement agréables et des paysages d’une beauté exceptionnelle. Nous gardons donc un souvenir incroyable de notre séjour sur la montagne la plus haute d’Afrique!

Nous sommes présentement à Dar es Salem et nous partirons vers Zanzibar demain pour y passer quelques jours.