vendredi 12 mars 2010

Nord de l'Inde

Arrivés à Delhi, nous avons rapidement pu constater que la ville était tout de même moins intéressante au point de vue architecturale que Mumbai et qu’on s’y sentait beaucoup plus entassé. Toutefois, il règne à Delhi une certaine animation intéressante à travers ce désordre et cette saleté.


Le premier matin de notre arrivée, nous avons pris un rickshaw pour se rendre au musée national à quelques kilomètres de notre hôtel. C’est dans une circulation particulièrement chaotique que nous zigzaguions entre les voitures, les bus, les piétons et les vélos. Notre jeune chauffeur semblait, toutefois, beaucoup plus intéressé à Caroline qu’à regarder la route. C’est donc sous les cris de Caroline que nous avons enfoncé le derrière d’un taxi stationné sur le bord d’une voie rapide. Résultat : Caroline a frappé son épaule sur un poteau de métal et nous avons eu tous les deux les genoux égratignés. Après avoir repris nos esprits, notre conducteur s’est vite empressé de nous débarqué dans un parc, sans frais évidemment, afin d’éviter les représailles et les complications avec les autorités policières.

Voulant se rassurer sur les conséquences de l’impact et comme les épaules sont une partie du corps assez importante pour un « backpacker », nous avons décidé de nous rendre à l’hôpital le plus près. Le moins qu’on puisse dire c’est que les hôpitaux constituent une image assez représentative du pays : plutôt efficace dans leur désordre, sérieux problèmes d’hygiène et très économique (gratuit pour tous, même pour les touristes)!

Il y avait au milieu d’une grande pièce une table autour de laquelle les médecins étaient assis, tous entourés de quelques patients cherchant à obtenir leur attention. Pour compléter le portrait, plusieurs civières, avec en moyenne deux patients, étaient distribuées le long des murs. Les malades, les visiteurs, les employés de l’hôpital se promenaient allègrement entre un patient vomissant et un autre qui semblait en phase terminal. Bref, le portrait était un peu particulier, mais en moins de quatre heures, Caroline avait quand même vu le médecin, fait une radiographie, pris des comprimés antidouleurs (elle a refusé la piqure qui était gratuite par crainte de la délicatesse des infirmières), a été référée à un orthopédiste spécialiste qui lui a ensuite suggéré d’immobiliser son bras pendant quelques jours et de prendre des relaxants musculaires. Il ne nous restait plus qu’à espérer ne pas avoir attrapé une maladie contagieuse en ayant traîné dans les couloirs d’un hôpital indien! L’aventure s’est donc terminé sans trop de mal avec, en bonus, un aperçu du système de santé indien, mais une journée de visite gâchée.
Le lendemain nous sommes repartis en direction d’Old Delhi en rickshaw à pédale souhaitant prendre une petite pause de la vitesse! Nous avons visité le Fort Rouge qui s’est révélée être une belle représentation d’une construction « moghole ». C’est, en fait, un ensemble de hall, de tours, de bains et de mosquées érigés en marbre, en pierre rouge et parfois incrustés de pierres précieuses.

Nous avons ensuite marché jusqu’à la mosquée Jama Masrid, la plus grosse de l’Inde, mais elle était fermée pour la prière, alors nous avons poursuivi notre route en direction de Connaught Place, un énorme rond-point autour duquel s’alignent des boutiques de toute sorte.

Prenant notre courage à deux mains, nous nous sommes risqués à prendre l’auto-rickshaw pour se rendre jusqu’à la tombe d’Humayun. Construite au milieu du 16e siècle pour la femme du deuxième empereur moghol, elle fut l’une des premières constructions mogholes de l’Inde. Utilisant les même matériaux que le Fort Rouge, ce monument est toutefois beaucoup plus impressionnant, tant par prestance que par la qualité de son architecture.

Après avoir passé trois nuits à Delhi, nous avons pris le train vers Agra. Nous nous sommes logés dans le quartier entourant le Taj Mahal qui semble tout droit sortis du Moyen-Âge avec de petites rues étroites et poussiéreuses. La population y est, toutefois, particulièrement agressante. On ne peut pas faire deux pas sans se faire interpeller pour prendre un rickshaw, acheter de l’eau, aller sur Internet ou pour nous vendre une statuette du Taj en marbre pour 1$ (on n’a plus le marbre qu’on avait!). On se croyait presqu’en Égypte!

Dès notre arrivée, nous avons emprunté un auto-rickshaw afin d’aller visiter l’Itimad-Ud-Daulah, une tombe construite par la femme de l’empereur Jehangir pour ce dernier et surnommée le Baby-Taj. Le site est certes un peu moins imposant que l’original, mais la qualité des détails lui donne un intérêt certain. Nous avons terminé la journée par un coucher de soleil derrière le vrai et l’unique Taj Mahal. Sur le chemin du retour, nous devions nous arrêter dans deux boutiques, ayant convenu avec le chauffeur d’un prix moins élevé pour la course avec cette condition. Cette pratique se fait beaucoup, autant en Afrique qu’ici, car les chauffeurs obtiennent une commission de la part du magasin lorsqu’ils y amènent un touriste. Parfois le tout se passe à notre insu, il vaut donc mieux en tirer avantage!

Voulant prendre une petite pause du lavage à la main, nous avions remis à l’hôtel quelques morceaux à faire nettoyer. Quelle ne fût pas notre surprise de constater à notre retour que les pantalon-short beige de Mathieu avait allègrement été trempé dans l’eau de javel jusqu’aux genoux et qu’il avait maintenant en sa possession un beau pantalon « chamoiré » deux tons. Complètement renversés par la stupidité de ce professionnel du lavage, nous avons cherché à obtenir une compensation de l’hôtel. La population de l’Inde étant majoritairement assez pauvre, il était inconcevable de leur demander 50$ pour le pantalon. Nous avons alors convenu de faire reteindre le pantalon afin d’obtenir, au moins, une couleur uniforme. Mathieu est parti avec le gars de l’hôtel ainsi que le nettoyeur, donc à trois sur une moto afin de tenter de renverser la bavure. Ils ont dû faire quatre endroits différents avant de trouver un artisan teinturier qui a finalement réussi à obtenir un résultat assez surprenant. Espérons qu’il survivra à son premier lavage!

Pour notre deuxième journée à Agra, nous nous sommes levés à 6h00 am afin d’être dans les premiers à visiter le Taj Mahal. À notre grand étonnement, nous ne semblions pas être les seuls à avoir eu cette idée, car il y avait déjà plusieurs dizaine de personnes en ligne. Le Taj Mahal a été construit par Shah Jahan pour sa femme décédée en 1631 après avoir donné naissance à leur 14e enfant. Peu de temps après la fin de la construction, l’empereur a été enfermé dans le fort d’Agra par son fils et il ne put observer son chef d’œuvre que par le trou d’une fenêtre. Il y a toutefois été enterré aux côtés de sa femme à son décès en 1666.

Ayant souvent vu des photos de cette tombe célèbre, le site n’a pas été une grande surprise en soit, mais il ne demeure pas moins hautement impressionnant. Cette gigantesque structure de marbre se mirant dans les petits bassins d’eau du jardin a rendu nos moments presque magiques. Pour ajouter aux plaisirs des yeux, le marbre est incrusté de pierres précieuses sur la presque totalité des façades et les tombes à l’intérieur sont entourées de marbre merveilleusement sculpté. Le site est en lui-même exquis et le monument d’une beauté immaculée.


Pour terminer notre visite d’Agra, nous avons visité le fort d’Agra. Le fort avait d’abord été construit comme structure militaire, mais il a ensuite été transformé par Shah Jahan en magnifique palais qui s’est d’ailleurs avéré devenir sa prison quelques années plus tard. Le fort d’Agra est beaucoup plus impressionnant que celui de Delhi et les différentes sections d’une richesse étonnante. Encore une fois le marbre côtoie les pierres de sable rouge, le tout dans une harmonie séduisante.

Nous devions ensuite revenir à Delhi afin de reprendre un vol le lendemain matin vers Varanesi. Varanesi est une des plus vieilles villes habitées au monde et est, sans contredit, un des endroits les plus sacrés de l’Inde. La ville s’étend le long du Gange et la vieille ville est un labyrinthe de rues et de temples où circulent piétons, moto et vaches. Arrivés à Varanesi, nous avons d’abord marché quelques minutes dans cette ville bondée de monde pour ensuite voir s’ouvrir devant nous le Gange.

Cette rivière, si mythique pour les Indiens, rassemble des milliers de personnes à tous les jours venant s’y purifier en y prenant leur bain ou pour participer à la cérémonie du brûlage des corps. Le long des quelques kilomètres longeant le Gange plusieurs dizaines de « ghâts » s’alignent de par et d’autre de la « ghat » principale où a lieux une cérémonie religieuse animée de musique à tous les soirs. Les ghâts sont en fait des endroits qui ont été aménagés il y a plusieurs années et qui renferment aujourd’hui des symboliques différentes.

L’une des ghâts (Manikarnika) est utilisée pour incinérer les morts. Les familles peuvent transporter leurs morts de n’importe où dans le pays, dans la mesure où ils en ont les moyens, et ils doivent ensuite payer pour le bois, l’huile, la poudre, etc. Le mort est d’abord porter sur une civière, couvert d’étoffes, pour ensuite être trempé dans le Gange pour purifier son âme, puis il est amené sur le bûcher. Le fils le plus âgé doit allumer le feu et laisser le corps brûler jusqu’à ce qu’il se consume complètement (3h-3h30). Le crâne est ensuite brisé afin de libérer l’âme et les cendres laver avec l’eau du Gange. Seuls les hommes de la famille son admis à la cérémonie. Il est particulièrement étonnant de voir la quantité de corps qui y sont brûlé chaque jour et il peut y avoir jusqu'à 5 à 10 feux simultanément. Malgré tout, l’atmosphère n’est pas tellement dramatique, ce qui peut peut-être s’expliquer par le fait que ce soit le cadeau ultime pour un mort dans la religion hindou additionné du fait qu’ils aient une croyance profonde en la réincarnation de l’âme.

Le premier matin de notre arrivée, nous avons fait une balade en bateau sur le Gange au levée du soleil. L’image de cette ville à la lueur du jour est tout à fait sublime. Dès le petit matin, les gens viennent au bord de la rivière afin d’y prendre leur bain, méditer ou faire leur lavage. Les Hindous ont la ferme conviction que l’eau de cette rivière est sacrée et qu’elle a le pouvoir de purifier les âmes, c’est pourquoi plusieurs Indiens gardent de cette eau chez eux ou en boivent un peu chaque jour.

L’endroit est surréel et il y règne une atmosphère toute particulière. Cette ville est certainement l’une des plus atypiques que nous avons eu la chance de visiter.

Tout compte fait, la population du nord s’est avérée moins sympathique que dans le sud. Les gens veulent tirer avantage du tourisme et ce, de toutes les manières possibles, ce qui rend les journées un peu plus exténuantes. Toutefois, la majorité des attraits incontournables s’y retrouvent et c’est aussi dans le nord que nous pouvons vivre l’Inde, telle que nous l’imaginions. Malheureusement, nous avons dû précipiter notre départ vers le Myanmar en raison de la température dans ce pays. Par conséquent, nous quittons le nord avec un sentiment de devoir inachevé et nous devrons certainement y revenir...

Nous sommes maintenant de retour à Delhi et quittons ce soir à 23h10 pour le Myanmar. Merci à Caroline pour cette journée supplémentaire à Delhi….(elle croyait que c’était 11h10 am!).

Fait divers sur l’Inde : Certains hommes plus âgés se teigne les cheveux et la barbe, ce qui rend leur chevelure complètement orangés.